Je ne me demande pas pourquoi j'écris. Sauf quand je cherche à faire éditer un texte. Ce parcours vers la publication me fatigue, me désespère, m'énerve. Je ne comprends pas pourquoi j'écris, si c'est pour vivre ce genre de quête absurde.

J'ai cru qu'après presque trente livres, ce serait plus facile. Mais non, je suis toujours en train de chercher une édition pour un nouveau texte, deux nouveaux textes, dix nouveaux textes. Mes tiroirs sont remplis, je reçois toujours autant de refus. Avec aussi peu de justifications qu'avant : votre théâtre ressemble à un roman, adressez-vous à une édition de littérature. Ou : votre roman ressemble à du théâtre, adressez-vous à une édition de théâtre. Ou : trop peu accessible. Ou : trop court. Trop long. Pas assez. Pas tout à fait. C'est souvent très fort, très beau, mais, il y a un mais. Dans ce mais, je patauge, je me fatigue, je m'énerve.

Je me demande s'il ne vaudrait pas mieux faire autre chose. Éditeur, par exemple. Pour éditer tous ces textes pas tout à fait. Les miens, et ceux des autres. Parce que tous les jours, je rencontre des gens pas tout à fait, des écrivains mais aussi des profs, des maçons, des étudiants, des retraités, qui marchent à côté de la case, juste à côté, pas tout à fait dedans. Et ce sont ces gens que j'aime. Alors, il faudra créer une case pour eux, pour moi, pour nous.

Sébastien Joanniez - avril 2021